08 dezembro 2010

Trapped(Fuzzy)_Concept

«Le soir, comme vous ouvrez votre fenêtre sur la rue, je tourne vers moi l’envers du règlement. Sourires et moues, les uns et les autres inexorables, m’entrent par tous mes trous offerts, leur vigueur pénètre en moi et m’érige. Je vis parmi ces gouffres. Ils président à mes petites habitudes, qui sont, avec eux, toute ma famille et mes seuls amis.
Peut-être parmi les vingt s’est égaré quelque gars qui ne fit rien pour mériter la prison : un champion, un athlète. Mais si je l’ai cloué à mon mur, c’est qu’il avait selon moi, au coin de la bouche ou à l’angle des paupières, le signe sacré des monstres. La faille sur leur visage, ou dans leur geste fixé, m’indique qu’il n’est pas impossible qu’ils m’aiment, car ils ne m’aiment que s’ils sont des monstres - et l’on peut donc dire que c’est lui-même, cet égaré, qui a choisi d’être ici. Pour leur servir de cortège et de cour, j’ai cueilli çà et là, sur la couverture illustrée de quelques romans d’aventures, un jeune métis mexicain, un gaucho, un cavalier caucasien, et, dans les pages de ces romans que l’on se passe de main en main à la promenade, les dessins maladroits : des profils de macs et d’apaches avec un mégot qui fume, ou la silhouette d’un dur qui bande.

La nuit, je les aime et mon amour les anime. Le jour, je vaque à mes petits soins. Je suis la ménagère attentive à ce qu’une miette de pain ou un grain de cendre ne tombent sur le parquet. Mais la nuit ! La crainte du surveillant qui peut allumer tout à coup l’ampoule électrique et qui passe sa tête par le guichet découpé dans la porte, m’oblige à des précautions sordides afin que le froissement des draps ne signale mon plaisir ; mais mon geste, s’il perd en noblesse, à devenir secret augmente ma volupté. Je flâne. Sous le drap, ma main droite s’arrête pour caresser le visage absent, puis tout le corps du hors-la-loi que j’ai choisi pour mon bonheur de ce soir. La main gauche ferme les contours, puis arrange ses doigts en organe creux qui cherche à résister, enfin s’offre, s’ouvre, et un corps vigoureux, une armoire à glace sort du mur, s’avance, tombe sur moi, me broie sur cette paillasse tachée déjà par plus de cent détenus, tandis que je pense à ce bonheur où je m’abîme alors qu’existent Dieu et ses Anges. Personne ne peut dire si je sortirai d’ici, ni, si j’en sors, quand ce sera.»



Jean Genet, Notre-Dame-des-Fleurs (Em dia de imaculada concepção, no mês em que se celebra o seu centenário...)

2 comentários:

pinguim disse...

Jean Genet - o escritor maldito, melhor, um dos...
E realizador de um só filme que é dos mais belos que já vi "Chant d'amour", aliás com alguns extractos no vídeo.
Reconheci no vídeo mais dois excelentes filmes: "Les 400 coups" e "Wild one"; não sei qual o filme sobre o nazismo.

Ophiuchus disse...

No final estão assinaladas as referências dos excertos - mas também me parecem mais!